Il y a quelques jours Google a révélé son nouvel algorithme permettant d’effacer les filigranes visibles censés protéger les photographies sur le web. La controverse bat son plein. Pourtant la solution existe pour parer à la nouvelle offensive de Google. Imatag a demandé à Teddy Furon – expert scientifique d’Imatag et chercheur à l’INRIA (Institut National de Recherche Informatique Automatique) – d’analyser la situation et de fournir des réponses.

 

Par Teddy FURON,

Maintenant que la tempête est passée, revenons calmement sur la suite d’événements qui a fait tanguer l’industrie de la photo la semaine dernière.

LES FAITS

Du 21 au 26 juillet a eu lieu la conférence scientifique IEEE CVPR (Computer Vision and Pattern Recognition). C’est une conférence annuelle et l’une des meilleures en traitement d’images et vision par ordinateur.

Une équipe de Google y présente ses travaux de recherche : l’article scientifique s’intituleOn the Effectiveness of Visible Watermarks(De l’efficacité des watermarks visibles). L’article explique comment enlever des watermarks visibles avec des exemples provenant de  Adobe Stock, fotolia, 123RF et CanStock.

Mi-aout, cette équipe de recherche en rajoute une couche : une vidéo sur youtube et un post sur le blog de  Google research :

Et depuis tout le monde en parle : Petapixel, DPreview, Focus Numérique, Phototrend … L’article a créé le buzz.

A tel point que Shutterstock a réagi : Depuis le 22 aout, leurs marques visibles sont modifiées pour que l’attaque de Google ne fonctionne plus. D’après cette source, Google a averti Shutterstock avant la parution officielle de l’article. Shutterstock en collaboration avec Google a mis au point cette contre-attaque.

A l’inverse, Adobe Stock, fotolia, CanStock et 123RF (photo stocks cités dans l’article de Google) n’ont pas changé leurs watermarks visibles (à notre connaissance).

 

QU’EST-CE QUE CELA DIT ?

Techniquement, l’article de Google tire profit des faiblesses suivantes :
– Le watermarking visible est visible ! Il provoque de fortes distortions de l’image mais très locales. Ces distortions sont indépendantes du contenu visuel de l’image : notre cerveau peut séparer les deux informations. Le futur acheteur peut juger du contenu et de la qualité de la photo malgré le watermark visible.
– Le watermarking visible est constant. Sur toutes les photos, c’est le même logo superposé de la même manière au même endroit.

Quant à l’éthique, Google prend la précaution des gentils “white hat” hackers. Le but de l’article est de documenter une faille et de proposer une contre-attaque. Google a averti les photos stocks avant la parution de la faille. Shutterstock a su mettre en oeuvre cette contre-attaque rapidement avec la collaboration de Google.

QU’EST-CE QUE IMATAG EN PENSE ?

Techniquement, l’article de Google est d’un bon niveau scientifique, sans plus. Il est très exagéré de dire que c’est un papier d’intelligence artificielle (comme certains le prétendent sur la toile). C’est plutôt du traitement d’image classique.

Il ne cite pas la littérature scientifique en watermark invisible où ce genre d’attaque est connue depuis 15 ans. Bref, rien de nouveau sous le soleil.

C’est pour nous le signe que watermarks visible et invisible ne remplissent pas la même mission. Le watermark invisible est une mesure de protection technique. Ainsi, depuis longtemps, une analyse sécurité de cette protection a été faite : ajouter toujours le même watermark est une grossière erreur. Alors que le watermark visible n’est pas une mesure de protection technique. Sa mission est avant tout d’avertir l’utilisateur que la photo est copyrightée. Ainsi, attaquer une mesure de protection qui n’en est pas une est assez facile. A combattre sans péril, on triomphe sans gloire.

Quant à l’éthique, il est assez surprenant qu’un article scientifique attaque frontalement des produits commerciaux en les citant explicitement. Google aurait dû utiliser une base d’images de référence (de la communauté scientifique) estampillées avec une méthode de watermark visible donnée (chose faite dans la partie expérimentale de l’article, mais pas dans l’introduction). La figure 6 de l’article avec des exemples provenant de Adobe Stock, 123RF, CanStock et fotolia est clairement là pour faire peur. Chose amusante : shutterstock n’en fait partie.

On savait que Google n’aimait pas les photographes professionnels (et surtout leurs droits), mais pas à ce point. Y’a-t-il une gué-guerre entre Google et Adobe (Adobe Stock, fotolia) ?

La réaction de Shutterstock et du monde de l’image est aussi surprenante. Ceux qui crient au loup étaient-ils à ce point naïfs pour penser que le watermark visible constituait une mesure de protection ?

Shutterstock a modifié son watermark visible en introduisant de petites déformations géométriques. Certes l’attaque de Google ne fonctionne plus telle quelle. Une simple adaptation de la méthode en viendra à bout. Bref, le jeu du chat et de la souris vient de commencer. Et le chat Google a toutes les chances de remporter la victoire.

 

COMMENT IMATAG REAGIT ?

Imatag n’a rien à faire. Le niveau de sécurité d’un watermark invisible est autrement plus élevé que pour du watermark visible. Notre technique de watermark invisible ne souffre pas des faiblesses listées plus haut :

  • Le watermark invisible est diffus sur toute l’image pour être extrêmement robuste.
  • Il a la même distribution statistique que le contenu visuel de l’image pour empêcher qu’on puisse le filtrer.
  • Chaque photo est protégée avec son watermark propre. Il n’y a aucune répétition. Même si un attaquant arrive à estimer le signal de watermark d’une photo, cette information ne lui sert à rien pour attaquer d’autres photos.

Bref, l’attaque de Google ne fonctionne absolument pas sur les images protégées par Imatag. Rien de plus facile par exemple que d’enlever le copyright sous la fameuse photo de Patrick Robert sur la guerre du Liberia qui illustre cet article, mais le watermark Imatag incrusté dans ses pixels y restera toujours.